La douaa istikhara repose sur un texte unique, rapporté par Jabir ibn Abdallah dans le recueil sahih d’al-Bukhari. Toute variante qui circule en ligne et qui ajoute ou retranche des passages à cette invocation n’a pas de fondement authentifié. Nous détaillons ici le texte complet en arabe, sa translittération phonétique et sa traduction française, avec les points de vigilance que les articles grand public laissent de côté.
Condition de validité souvent négligée : l’objet de la douaa istikhara
La douaa istikhara ne peut porter que sur une affaire permise (mubah) où existe un choix réel. Demander la guidance divine pour accomplir une obligation religieuse ou pour s’engager dans un acte interdit invalide le principe même de la consultation.
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Ce filtre élimine une erreur fréquente : faire l’istikhara pour savoir si l’on doit prier, jeûner ou rembourser une dette. Ces actes relèvent du devoir, pas du choix. L’istikhara concerne un mariage, un déménagement, un emploi, un investissement, bref toute décision mondaine licite dont l’issue reste incertaine.
Nous recommandons de formuler clairement l’objet de la demande avant de commencer la prière. Le texte du hadith précise que le demandeur « nomme clairement la chose en question » au moment voulu dans l’invocation. Une intention floue affaiblit la démarche.
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Texte complet de la douaa istikhara en arabe
Voici le texte intégral tel qu’il figure dans le hadith rapporté par al-Bukhari :
اللَّهُمَّ إنِّي أَسْتَخِيرُكَ بِعِلْمِكَ، وَأَسْتَقْدِرُكَ بِقُدْرَتِكَ، وَأَسْأَلُكَ مِنْ فَضْلِكَ الْعَظِيمِ، فَإنَّكَ تَقْدِرُ وَلاَ أَقْدِرُ، وَتَعْلَمُ وَلاَ أَعْلَمُ، وَأَنْتَ عَلاَّمُ الْغُيُوبِ. اللَّهُمَّ إنْ كُنْتَ تَعْلَمُ أَنَّ هَذَا الأَمْرَ (ici, nommer la chose) خَيْرٌ لِي فِي دِينِي وَمَعَاشِي وَعَاقِبَةِ أَمْرِي، فَاقْدُرْهُ لِي، وَيَسِّرْهُ لِي، ثُمَّ بَارِكْ لِي فِيهِ. وَإنْ كُنْتَ تَعْلَمُ أَنَّ هَذَا الأَمْرَ شَرٌّ لِي فِي دِينِي وَمَعَاشِي وَعَاقِبَةِ أَمْرِي، فَاصْرِفْهُ عَنِّي، وَاصْرِفْنِي عَنْهُ، وَاقْدُرْ لِيَ الْخَيْرَ حَيْثُ كَانَ، ثُمَّ أَرْضِنِي بِهِ.
Le passage « hâdha al-amr » (هَذَا الأَمْرَ) est le point d’insertion où le musulman mentionne sa demande précise, à voix basse ou dans son cœur.
Douaa istikhara en phonétique : translittération mot par mot
Allahumma innî astakhîruka bi-‘ilmika, wa astaqdiruka bi-qudratika, wa as’aluka min fadlika al-‘adhîm. Fa-innaka taqdiru wa lâ aqdiru, wa ta’lamu wa lâ a’lamu, wa anta ‘allâmu-l-ghuyûb.
Allahumma in kunta ta’lamu anna hâdha al-amra (nommer la chose) khayrun lî fî dînî wa ma’âshî wa ‘âqibati amrî, faqdurhu lî, wa yassirhu lî, thumma bârik lî fîhi. Wa in kunta ta’lamu anna hâdha al-amra sharrun lî fî dînî wa ma’âshî wa ‘âqibati amrî, fasrifhu ‘annî, wasrifnî ‘anhu, waqdur liya-l-khayra haythu kâna, thumma ardinî bihi.
Points de prononciation à surveiller :
- Le « kh » dans astakhîruka est une fricative vélaire (comme la jota espagnole), pas un simple « k ». Confondre les deux altère le sens du verbe.
- Le « dh » dans al-‘adhîm correspond au son ظ, une emphatique dentale. Le prononcer comme un « z » français est une approximation acceptable pour un non-arabophone, mais la distinction reste préférable.
- Le « q » dans taqdiru et faqdurhu est une occlusive uvulaire, distincte du « k ». C’est la lettre qâf (ق), caractéristique de l’arabe littéraire.
Traduction française de l’invocation istikhara
Ô Allah, je Te consulte par Ta science et je Te demande de m’accorder le pouvoir par Ta puissance, et je Te demande de Ta grâce immense. Tu es capable et je suis incapable, Tu sais et je ne sais pas, et Tu es le Grand Connaisseur de l’invisible.
Ô Allah, si Tu sais que cette chose (la nommer) est un bien pour moi dans ma religion, dans ma vie présente et dans l’issue de mes affaires, alors destine-la-moi, facilite-la-moi, puis bénis-la-moi. Et si Tu sais que cette chose est un mal pour moi dans ma religion, dans ma vie présente et dans l’issue de mes affaires, alors détourne-la de moi et détourne-moi d’elle, et destine-moi le bien où qu’il se trouve, puis rends-moi satisfait de cette décision.
La traduction française n’est pas récitée pendant la prière. Elle sert à comprendre le sens de chaque demande formulée à Allah avant ou après l’invocation, pour que la concentration (khushû’) soit réelle et non mécanique.

Moment optimal et déroulement de la salat al-istikhara
La prière de consultation consiste en deux unités de prière (rak’ât) surérogatoires, distinctes des prières obligatoires. L’invocation se récite après le salâm final, pas pendant la prosternation ni entre les deux rak’ât.
Concernant le moment, la salat istikhara est valide à toute heure où la prière surérogatoire est permise. Le dernier tiers de la nuit est considéré comme le moment le plus propice, en raison des hadiths sur la descente de la miséricorde divine à cette période. Ce moment reste préférable, pas obligatoire.
Trois erreurs reviennent souvent dans la pratique :
- Réciter la douaa istikhara sans accomplir les deux rak’ât au préalable. Le hadith lie explicitement l’invocation à la prière : « qu’il fasse deux rak’ât autres que les prières obligatoires, puis qu’il dise… »
- Répéter la salat istikhara en boucle dans l’espoir de recevoir un signe clair. La multiplication est permise, mais elle ne conditionne pas la validité de la première demande.
- Attendre un rêve, une couleur ou un signe extraordinaire après la prière. L’istikhara ne nécessite pas de rêve ni de signe : le croyant agit ensuite avec son meilleur jugement, et la facilitation ou l’obstacle rencontré fait partie de la réponse divine.
Ce que la douaa istikhara ne remplace pas
L’istikhara est une consultation du Créateur, pas une dispense de réflexion humaine. Le Coran et la tradition prophétique encouragent aussi la shûra (consultation des proches compétents) avant une décision. Faire la prière de consultation puis ignorer l’avis d’un expert médical, juridique ou financier revient à confondre tawakkul (confiance en Allah) et passivité.
Le choix final après l’istikhara s’appuie sur l’ensemble des éléments disponibles : avis de personnes de confiance, analyse rationnelle, et facilitation ou difficulté constatée dans la démarche. La sérénité ressentie après la prière n’est pas un critère juridique, mais un accompagnement spirituel de la prise de décision.
Garder le texte exact du hadith sous les yeux (en arabe ou en phonétique) pendant la récitation reste la méthode la plus fiable pour ne rien oublier, surtout lors des premières pratiques. La mémorisation viendra avec la répétition régulière de cette sunna.

